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Le monde de la montagne est triste.

Après un hiver plutôt faste en termes d'enneigement et de fréquentation, tant pour l'Arc alpin que pour les Pyrénées, la tristesse est dans nos cœurs avec les disparitions successives de quatre de nos meilleurs alpinistes : d'abord Jérôme Thinières en mars, ensuite coup sur coup en cette fin de mois d'avril, André Rhem, Jean-Claude Mosca et Patrick Bérhault.

Tous guides de haute montagne, tous liés à notre fédération depuis de nombreuses années, ils appartenaient au cercle fermé des grands alpinistes qui avaient entièrement dédié leur vie à la montagne en y menant de front vie professionnelle et pratique amateur.

Avec Jérôme et Dédé, nous perdons deux " anciens " de notre Groupe Haute Performance :
Le premier nous a quitté par une froide journée d'hiver, trahi par la glace dans une des parois qu'il affectionnait entre toutes, celle du cirque de Gavarnie, entraînant dans sa chute Martine Grand et Serge Castéran qui seul survivra… Alpiniste complet, il s'était d'abord illustré en escalade artificielle, ne dédaignant pas les longs voyages en solitaire. La glace bien sûr était aussi un de ses domaines de prédilection avec à son palmarès les trois étages de Gavarnie et la Super Intégrale.
Les expéditions himalayennes n'avaient pas manqué de l'attirer avec les ascensions en rocher du Baghirati au Garhwal et en mixte de la difficile face NW de Chuchubalstering en Hindu Raj.

Le second, de retour du Caucase, passablement frustré par un mauvais temps quasi continuel, s'est retrouvé à Chamonix pour un grand jour de ski poudreuse comme il en est de très rare en avril. Avec quelques copains, il est parti pour la pointe Helbronner. Neige fraîche sur fond dur. Une petite coulée a entraîné Dédé. Plus bas, une barre rocheuse et l'irréparable… Guide hors pair à la Compagnie de Chamonix, il avait collectionné tous les itinéraires les plus difficiles du massif du Mont Blanc et surtout nous avait fait rêver avec son compère Jérôme Ruby, en dévalant, qui en ski, qui en snowboard, les pentes les plus incroyables du massif : Linceul aux Grandes Jorasses, Face Nord du Triolet, face Nord de l'Aiguille du Midi.

Deux jours plus tard, les conditions sont encore excellentes sur le massif du Mont-Blanc. Jean-Claude Mosca part avec son fils pour descendre le classique couloir des Cosmiques. La neige est bonne. Pour une raison indéterminée, il perd un ski. Ce n'est guère un problème pour ce skieur d'exception… Son fils lui tend le ski qu'il a réussi à récupérer, une hésitation, probablement une fausse manœuvre et c'est la chute. Jean-Claude, instructeur civil, adoré de ses élèves à l'Ecole Militaire de Haute Montagne, avait pris sa retraite il y a quelques mois. Premier homme à avoir gravi la Walker en solitaire, il fut en 1971 au côté de Yannick Seigneur un des maîtres d'œuvre du succès de l'expédition nationale au pilier W du Makalu. Huit ans plus tard, toujours avec une expédition nationale, il échouait à quelques longueurs du sommet de l'arête SW du K2.

Quelques jours passent et c'est la consternante nouvelle : Patrick Bérhault est mort, tombé versant Saas Fee de l'arête qui joint le Taeschorn au Dom. Engagé depuis plusieurs semaines en compagnie de Philippe Magnin dans le challenge des quatre vingt deux sommets de 4000 mètres en quatre vingt deux jours, Patrick était devenu une célébrité après la réussite de ses " expéditions alpines " où il conjuguait avec bonheur, performance technique, endurance physique et morale à toute épreuve. En trente années de carrière au plus haut niveau, il avait su aussi créer un style mettant en avant une " certaine manière d'aborder la montagne " propre à faire rêver un public et des médias toujours orphelins des Rebuffat, Frison-Roche… " Grimpeur Etoile ", homme tranquille et discret, Patrick, était exceptionnellement doué et sans nul doute, il était l'un des meilleurs de sa génération, toutes catégories confondues. Au début des années 70, il avait littéralement révolutionné l'alpinisme et l'escalade en les concevant comme des sports nécessitant le même type d'entraînement que celui auquel s'astreignent les candidats à un titre olympique. Avec des ascensions dans des horaires incroyables, il a provoqué l'admiration de tous et entraîné plusieurs générations à sa suite.
Quelle classe !

Aujourd'hui, nous sommes tristes d'avoir perdu les meilleurs d'entre nous.
Nous savons, avec eux, que la montagne est un milieu complexe et que la plus petite erreur d'appréciation peut être y lourde de conséquences. Cependant, nous continuerons à accepter ces risques car derrière le mot alpinisme, il y a grandeur et beauté, ce qui nous manque sans doute le plus en ce bas monde.

En ces jours de deuil, nous nous unissons à la tristesse et à la peine des familles de nos amis disparus.

Jean Paul Peeters



Fédération Française de la Montagne et de l'Escalade 

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