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Nampai Gossum ou l’art de s’adapter

Alpinisme - 23/03/16 à 09:14

A l’automne 2015, une équipe d’alpinistes français (Mathieu DETRIE, Julien DUSSERRE, Pierre LABRE et Mathieu MAYNADIER) sont partis au Nepal pour tenter la première ascension du Nampai Gosssum (7321m). Les conditions de la montagne en ont décidé autrement. Récit de cette aventure aidée par la FFME dans le cadre des bourses expéditions.

Nampai Gossum ou l’art de s’adapter
© FFME

15 Septembre 2015, nous voici de retour à Katmandou. Nouveau projet et nouvelle équipe. Si Jérôme n’a pas pu se joindre à nous pour cause de concours, c’est Julien DUSSERRE qui fera parti de l’aventure. Mais la grosse nouveauté, c’est Julie et Clément, deux « aventuriers caméramans » qui nous suivront tout au long du voyage pour essayer de faire un film sur l’alpinisme, ou plutôt sur l’himalayisme !

Le Népal, ravagé par un tremblement de terre six mois plus tôt, nous semble bien calme quand nous débarquons dans « Thamel », le quartier touristique de Katmandou, habituellement si animé. Nous retrouverons cette impression tout au long de notre voyage, même dans le Khumbu. Il faut absolument revenir ici, le pays est toujours aussi beau !

Une fois les formalités administratives et la « mascarade » au ministère du tourism accomplies, nous ne traînons pas, et c’est un jour après notre arrivée que nous nous envolons pour Lukla, point de départ de tout voyage dans le Khumbu.

L’expédition est prévue en 2 parties. La première consiste à nous acclimater en réalisant un trek de 12 jours, qui nous amènera à monter progressivement en altitude. Nous sommes en autonomie, avec trois porteurs, qui nous aideront notamment à transporter le matériel nécessaire pour le film.

C’est parti, nous remontons la vallée de l’Everest, nous passons au Cho-La , descente et petite pause à Gokyo, puis le Renjo-La, où nous passons une nuit à 5400m. Nous basculons dans la vallée de Thame qui se prolonge jusqu’au Nangpa-La, tout près de notre objectif.

Ici, à Aria, nous retrouverons notre équipe népalaise, composée de notre guide, des deux cuisiniers et des yaks-mans qui dirigent les 18 yaks qui acheminent notre matériel. Il nous faudra encore deux jours de marche jusqu’au camp de base, que nous installerons à 5200m dans une prairie presque idyllique !

Cette première étape s’est plutôt bien passée. Tout le monde se sent en bonne forme. C’est positif car nous pourrons monter rapidement en altitude pour finir notre acclimatation. Alors bien sur, nous avons trouvé l’ensemble des montagnes bien sèches lors du trek, ce qui laisse présager une mousson bien faible.

Il fait beau et chaud depuis 15 jours. Cette situation un peu particulière n’arrange pas les conditions de notre projet qui semble bien sec. Mais nous gardons espoir car nous avons près de 20 jours au camp de base et notre expérience nous fait penser que les conditions peuvent quand même changer et s’améliorer.

L’immédiat est de rapidement monter dormir à 6200/6300m pour finir cette phase bien pénible et compliquée qu’est l’acclimatation. Rien ne semble évident pour ce projet et après un échec sur la face Sud du Dzasampatse, pour cause de montagne bien sèche (encore une fois !), nous choisissons de grimper sur l’arête Sud du Jasemba. Nous avons peu d’information sur celle-ci, juste qu’elle a déjà été gravie à l’aide de cordes fixes.

Notre idée est de contourner une tour très raide par la gauche pour rejoindre ensuite l’arête proprement dite. L’approche jusqu’au col est déjà pénible dans les éboulis et les moraines instables, mais le bivouac idéal au col nous fait oublier les efforts de la journée. A 6h, nous décollons pour voir la suite et essayer de traverser pour contourner cette tour. En traversée diagonale, nous prenons rapidement du dénivelé mais toujours impossible de trouver un passage dans cette muraille déversante située au dessus de nous.

Nous continuons avec l’espoir de découvrir un passage, mais il faut se rendre à l’évidence, à 6300 m, on n’arrivera pas à contourner cette fameuse tour. Sur cette face ouest, à midi, comme des débutants, nous attaquons les rappels. Sous les chutes de glace et de pierres. Nous retrouvons le sol quatre heures plus tard. Comme quoi, des années d’expériences ne suffisent pas à éviter des erreurs aussi basiques que ça ! Les choix et les prises de décision ont des conséquences considérables en alpinisme, et nous en faisons les frais.

Dans une autre vallée que celle de notre camp de base, nous décidons de passer la nuit et de trouver un passage pour retraverser le lendemain.

De retour au camp, bien fatigués par ces journées éprouvantes, les mauvaises nouvelles s’accumulent. Notre objectif principal, la face sud-ouest du Nangpai Gosum 2 s’est considérablement asséchée et envisager une tentative dans ces conditions nous semble vraiment dangereux. De plus, notre routeur météo nous annonce une période assez perturbée, mais avec peu de précipitations, ce qui ne suffira pas pour améliorer notre problème.

Il faut se rendre à l’évidence, nous ne pourrons pas tenter ce projet, auquel nous pensons et que nous préparons depuis presque un an.

Le mauvais temps permet à tout le monde de réfléchir sur ses envies et ses motivations. Se dessine donc deux équipes : Julien et Mathieu iront tenter une goulotte, repérée par Pierre, dans la face nord du Dzasampatse et Pierre et Mémé tenteront une nouvelle voie dans la face sud–ouest du Nangpai Gosum 1.

S’en suit de longue journée au camp, à base de lecture, de jeux de cartes mais aussi de quelques films !

A quelques jours de notre départ, un créneau météo semble se dessiner. Cependant, il paraît très court et aussi incertain sur la quantité de précipitation. Nous décidons quand même de partir, chacun vers son objectif respectif.

Avec Julien, nous plantons la tente au pied de notre objectif. L’idée est de partir très léger, avec un tout petit sac et d’essayer de sortir dans la journée. Nous n’avons que peu de connaissances sur cette goulotte que nous n’avons observer que furtivement.

Le soir est quand même prévu un point avec Pierre et Mémé, qui sont, eux aussi, au pied de leur montagne. Leur projet, plus ambitieux, leur demanderait au moins 2/3 jours de grand beau temps. Sur cette montagne, un peu de neige peut rendre la face dangereuse et la progression plus compliquée. A 18h, la nouvelle tombe, en raison des conditions météo annoncées, ils décident de renoncer à leur projet. Leur plan est finalement de déplacer leur tente au pied de la goulotte, pour en tenter l’ascension le lendemain de la notre.

A 6h, nous sommes dans la première longueur, une belle cascade de glace de 60m. Que c’est bon de grimper enfin sereinement ! S’en suit une alternance de pentes de neige et de longueurs de glace vraiment jolies. Plus on monte, plus on devine la suite, et on se dit que l’on va enfin arriver à prendre pied sur un sommet !

Du mixte, des longueurs raides, finalement tout y passe et nous retrouvons le plaisir de grimper avec un sac léger ! 

Il est 15H30 quand nous débouchons sur l’arête. Le sommet, quelques mètres plus haut, ne sera pas pour aujourd’hui car la descente jusqu’au camp de base est encore longue et nous n’avons rien pour bivouaquer. C’est un beau moment, même si c’est loin de notre objectif initial, nous sommes heureux d’avoir passer une belle journée de montagne.

Les rappels et la désescalade s’enchaînent quand même bien, malgré la nuit qui nous rattrape. Nous sommes bien entamés et la confection des lunules et autres relais s’en ressent, nous ramons... Nous quittons le baudrier vers 20h et il nous reste plus que quelques heures pour rejoindre le camp, qui malgré quelques errements sera atteint vers 22H. Apres 17 heures d’effort, ce n’est plus vraiment la faim ou la soif qui vous appelle mais inexorablement votre duvet !

Le lendemain, Pierre et Mémé parcourront la goulotte en un temps canon. A 13h ils seront au camp de base.

Finalement, malgré les conditions délicates et la frustration de ne pas avoir pu essayer notre projet qui semblait vraiment majeur, nous sommes satisfaits, d’avoir quand même pu grimper une belle goulotte, dans cette expédition qui restera compliquée sur tous les points de vue. 

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