Nutrition et Expédition dans
des massifs lointains
Bien préparer son expé...
Choisir et réunir la nourriture d'une expédition
est un véritable casse-tête.
Heureusement, les pays d'accueil offrent des possibilités
d'achats de nourriture variée pour la marche d'approche
et le séjour au camp de base. Les vivres d'altitude seront
emportées de France.
La vie en haute altitude entraîne inévitablement
un amaigrissement important, se traduisant par une fonte musculaire
et une diminution de la masse grasse. Cette perte de poids est
attribuée à l'importante dépense énergétique
(froid, exercice physique), une baisse d'appétit, une malabsorption
intestinale de certains aliments (lipide et protide) et les conséquences
d'une mal adaptation à l'altitude (mal aigu des montagnes).
L'amaigrissement affecte les sujets les plus "gras"
au départ. La fonte musculaire touche les muscles les moins
sollicités (membres supérieurs) et la marche s'accompagne
d'une diminution du volume des cuisses et des mollets.
L'augmentation préalable des réserves en lipides
par un régime hypercalorique avant le départ n'est
pas souhaitable. A l'inverse, un amaigrissement exagéré
affecte toujours la performance.
Pour faire face à la perte d'appétit induite par
l'altitude, il convient de trouver une alimentation agréable
au goût et facile à préparer. Il faut donc
éviter de séjourner trop longtemps au delà
de 5000 mètres. Il est nécessaire de toujours s'imposer
48 heures de récupération au camp de base pour restaurer
les réserves en énergie (glycogène).
En très haute altitude, le choix entre les
différents substrats énergétiques peut être
guidé par les arguments suivants :
- les glucides sont les substrats de l'effort intense
et prolongé,
- les glucides apportent l'énergie pour lutter contre le
froid,
- la combustion des glucides consomme le moins d'oxygène,
Glucide : 1molécule d'O2 libère 120 Kcal,
Lipide : 1 molécule d'O2 libère 100 Kcal,
Protide : 1 molécule d'O2 libère 20 Kcal.
L'absorption excessive de glucides entraîne des troubles
du transit (aérocolie, constipation). C'est également
l'une des causes de la formation de caries dentaires (acidité
des boissons sucrées).
Un apport lipidique élevé est avantageux, car riche
en énergie. Mais les graisses ne sont pas toujours bien
assimilées. On constate souvent un dégoût
pour les aliments gras.
L'apport protéique surtout d'origine animale est d'autant
plus recherché dans les camps d'altitude, que ces aliments
sont rares.
Au cours des expéditions de haute altitude, les besoins
de l'organisme en eau sont majorés par la marche sous forte
insolation, l'équipement vestimentaire pas toujours adapté
et le faible degré d'hygrométrie de l'air. L'eau
de fonte utilisée pour la boisson et la cuisson doit être
prélevée à distance des camps pour éviter
les contaminations infectieuses. L'eau peut être rendue
propre à la consommation en y diluant des comprimés
de Chloronazone. Il est préférable d'absorber l'eau
de fonte sous forme de soupe, de boissons sucrées ou de
thé.
Alcool
Les boissons alcoolisées ont des effets
pervers sur le comportement, sur la thermorégulation et
favorise la déshydratation. Le risque de survenue d'un
oedème pulmonaire de haute altitude serait augmenté
après l'absorption d'alcool.
Complément nutritionel
Contrairement aux habitudes prises au cours des
expéditions de longue durée, il n'est pas nécessaire
d'ajouter à l'alimentation de tous les jours un complément
en vitamines (préparations polyvitaminées). Par
contre, La polyglobulie de la haute altitude accroît les
besoins en Fer et en acide folique.
Face à la difficulté d'augmenter les apports alimentaires
riches en fer, on aura recours pendant les semaines d'acclimatation
à des préparations médicamenteuses contenant
du Fer.
Conclusion
En fait, il n'existe pas de diététique
propre à l'alpinisme, diététique qui améliorerait
la résistance au froid, qui favoriserait l'acclimatation
à l'altitude. Notre souci est de maintenir une réserve
suffisante de substrats énergétiques pour retarder
l'apparition de l'épuisement. Par une alimentation bien
conduite avant et surtout pendant l'effort, par un apport continu
d'énergie en phase de récupération et par
un dosage de l'intensité de l'exercice, il est possible
d'allonger la durée de la course tout en bénéficiant
de ressources physiques suffisantes.
Références :
BARTARD Michel : Sports de Montagne et Nutrition. , Paris Artulen
1993
HERRY J-Pierre: Alimentation en montagne, Les cahiers scientifiques
du CAF.
RICHALET J P , HERRY J P : Médecine de l' alpinisme , Ed
Masson, 2003
ETIENNE J. Louis: Médecine des randonnées extrèmes,
Ed Seuil, 2004

|