Conseils médicaux en prévision de l'ascension
du Mont-Blanc (4810 m)
Le Mont-Blanc, toit de l'Europe culminant à
4807 métres, est convoité chaque jour de beau temps,
par plusieurs centaines d'alpinistes, plus ou moins bien préparés
à ce type d'ascension. Les échecs peuvent être
incriminés aux conditions météorologiques défavorables,
au manque de condition physique ou à l'équipement
insuffisant. Le plus souvent, c'est l'altitude qui est la cause
de tous les maux dont souffre l'alpiniste, soit par la réduction
du potentiel physique , soit par l'apparition de troubles réunis
dans le cadre du Mal Aigu des Montagnes. Un encadrement professionnel
avec un guide de montagne offre les plus grandes chances de réussite,
en sécurité.
Consultez l'Office
de Haute montagne de Chamonix qui renseignera sur les conditions
du jour et vous donnera des conseils avertis. Une
plaquette éditée par l'OHM informe les alpinistes
des risques réels qui peuvent être rencontrés
au cours de l'ascension du Mont Blanc
Quelles sont les contre-indications à l'ascension
du Mont Blanc ?
Elles sont trés limitées, si on excepte
les tranches d'âge extrêmes, les affections aiguës
incompatibles avec un effort prolongé, ou les maladies nécessitant
une surveillance médicale attentive. Il ne faut pas suivre
aveuglément l'exemple de ces jeunes asthmatiques ou de cancéreux
trés affaiblis qui ont tenté (sans toujours réussir)
l'ascension du Mont- Blanc.
Quel type de préparation faut-il conseiller
?
Cette ascension, réputée facile, ne
réclame pas des qualités techniques particulières,
encore faut-il savoir cramponner correctement sur la neige durcie,
ce qui évitera les plaies profondes par coups de crampons.
L'endurance est le meilleur gage de réussite. Il est primordial
d'orienter la préparation vers des exercices prolongés,
d'intensité modérée, si possible par des marches
sur des terrains accidentés. Ce sera également l'occasion
de se familiariser avec l'équipement personnel (chaussures
rigides) et le matériel (sac à dos).
Quels sont les risques encourus au cours l'ascension
du Mont-Blanc ?
Les chutes de pierres sont relativement rares, sauf
dans le sinistre couloir du Goûter, qu'il faut éviter
de traverser après le dégel.
Lorsque le vent est violent sur l'arête sommitale, les gelures
du visage sont fréquentes. Elles ne présentent pas
de caractère de gravité contrairement aux gelures
des extrémités. Les gelures superficielles de la cornée
se traduisent pas un flou visuel. Elles peuvent être prévenues
par le port d'un masque. L'hypothermie est le propre des alpinistes
égarés ou des sujets épuisés ou malades.
Le Mal aigu des Montagnes (M A M) est la manifestation d'un oedème
cérébral débutant, associé à
une rétention hydrique. Il survient au delà d'un délai
de 6 heures, à une altitude de plus de 3000 m.
Il se caractérise par :
- des céphalées dans 96 % des cas
- une insomnie dans 70 % des cas
- une perte d'appétit dans 38 % des cas - des nausées
dans 35 % des cas
Cette "mal adaptation" peut également se traduire
par des oedèmes localisés aux yeux, à la face,
aux mains et aux chevilles. Dans les Alpes, les complications graves,
(oedèmes pulmonaire et cérébral de haute altitude)
ne sont observées qu'exceptionnellement sur des sujets immobilisés
au delà de 4000 m.
La conséquence de ce M.A.M, qui survient le plus souvent
au petit matin au refuge du Goûter (3900 m), rend impossible
la poursuite de l'ascension ou bloque le sujet volontaire à
la hauteur du refuge Vallot ( 4365 m).
Généralement, ces signes sont peu graves et disparaissent
dès le retour à une altitude plus basse.
Peut-on s'acclimater au préalable à la
haute altitude ?
Seuls des séjours prolongés en moyenne
ou haute altitude peuvent entraîner un état d'acclimatation
qui évite la survenue du Mal Aigu des Montagnes. Le retour
en basse altitude s'accompagne inévitablement de la perte
de cette adaptation transitoire en moins d'une semaine. Il est donc
préférable de préparer l'ascension du Mont-Blanc
par des courses en altitude, avec nuit en refuge dans la semaine
qui précède la tentative.
Le Diamox ® (Acetazolamide) a fait la preuve d'une efficacité
réelle dans la prévention du Mal Aigu des Montagnes.
A raison d'un demi comprimé de 250 mg matin et soir 48 heures
avant le départ et pendant toute la course, ce médicament
retarde l'apparition du MAM. Son action diurétique
diminue la pression du liquide céphalo-rachidien. De plus,
l'élimination accrue des bicarbonates ramène plus
rapidement le pH sanguin à la normale, chez les sujets présentant
une alcalose gazeuse. Mais il faut insister sur la survenue d'effets
secondaires désagréables, (dysesthésies, fatigue
anormale liée à la déshydratation) et de complications
chez des certaines personnes (allergie aux sulfamides, crise de
colique néphrétique, infection urinaire). Ce médicament
doit être prescrit par un médecin qui s'assurera de
l'absence de contre-indications.
Que conseiller pour constituer une pharmacie individuelle
?
Les médicaments ne doivent être
prescrits qu'accompagnés de conseils :
- Diamox ® pour des sujets en très bonne condition physique
sans acclimatation à la haute altitude sous prescription
par un médecin(1/2 comp. matin et soir en commencant 48 h
avant l'ascension jusqu'au retour en plaine)
- Aspirine (à croquer de préférence)
- Somnifère léger à induction courte (Stilnox®
ou Halvane ®)
Outre le matériel classique pour des soins externes (pansements),
une bande élastique adhésive (Urgo-strapping®)
est nécessaire pour protéger la peau des talons contre
l'apparition de phlyctènes. L'ampoule sera recouverte de
colloïde souple (Urgo-activ ®). Il faut également
conseiller de se munir de collyre en mono-doses et de crèmes
solaires écran total d'un indice de protection supérieur
à 25 (crème pour le visage et stick pour les lèvres).
Précautions
L'ascension du sommet du Mont Blanc reste une course
facile à la portée de beaucoup de sportifs.
Des précautions doivent prises avant le départ :
- s'informer des prévisions
météorologiques
- choisir un équipement personnel efficace contre le froid
et le vent,
- porter en permanence des lunettes avec verres filtrants (cat 3
ou 4) et caches latéraux.
- ne pas négliger l'apport énergétique et hydrique
pendant la progression.
L'encadrement par des guides de haute montagne ou des montagnards
avertis augmente considérablement les chances de succès
et limite les risques d'accident.
A consulter : Mont Blanc 4808 m, François damilano JMEditions
2004
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