OFFICE PARLEMENTAIRE D'ÉVALUATION DES CHOIX SCIENTIFIQUES ET TECHNOLOGIQUES
RAPPORT SUR
Les TECHNIQUES de PRÉVISION et de PRÉVENTION des RISQUES NATURELS en FRANCE
par : M. Christian KERT, Député
( Rapport n° 1540 - 1999)
Extrait du vol. 3 : LES AVALANCHES DE NEIGE
1. DESCRIPTION DE L'ALÉA 61
2. LA CONNAISSANCE DE L'ALÉA 64
3. L'OBSERVATION ET LA SURVEILLANCE 65
3.1. La cartographie : la Carte de Localisation Probable des Avalanches (CLPA) 65
3.2. L'Enquête Permanente sur les Avalanches (EPA) 66
3.3. Le Plan de Prévision aux Risques (PPR) 68
3.4. Le Plan des Zones Exposées aux Avalanches (PZEA) 69
4. LA PRÉVISION 71
4.1. La prévision temporelle, ou prévision du risque d'avalanche (PRA) 71
4.1.1. Historique 71
4.1.2. Organisation de la prévision 72
4.1.3. Les acteurs de la prévision 75
4.2. La prévision du risque d'avalanche dans l'espace 75
5. LA PRÉVENTION 76
5.1. La défense permanente 76
5.1.1. Les travaux modifiant la surface du sol 77
5.1.2. Les ouvrages modifiant le dépôt de la neige 77
5.1.3. Les ouvrages retenant la neige 78
5.2. La défense temporaire active 78
5.3. La défense temporaire passive 81
5.4. Le cas particulier de la protection des routes 81
6. LE SECOURS 83
6.1. Le matériel de sécurité 83
6.1.1. L'ARVA 83
6.1.2. Pelles et sondes 84
6.1.3. Le ballon avalanche 84
6.2. L'activité de secours 84
6.3. Les moyens humains du secours 85
6.4. Communication et information 86
7. LES MISSIONS 87
8. CONCLUSION 90
LES AVALANCHES DE NEIGE
Parmi les catastrophes liées à la neige, les avalanches sont certainement celles qui marquent le plus les populations, l'avalanche meurtrière frappant des vacanciers étant ressentie comme une tragédie plus importante qu'un autre aléa.
1. DESCRIPTION DE L'ALÉA
La catastrophe de la vallée de Chamonix du 9 février 1999 en est la triste manifestation. En fait, deux populations sont menacées :
- celle qui s'expose volontairement au risque par la pratique de la randonnée ou du hors piste, ce qui, pour la France, occasionne environ 30 morts par an,
- celle victime d'une situation avalancheuse, telle Chamonix.

M. Gérard BRUGNOT, de la Division Nivologie du CEMAGREF à Grenoble, donne de ces phénomènes la définition suivante : « le phénomène de fluage, qui désigne les mouvements lents du manteau neigeux se distingue de l'avalanche qui désigne les mouvements rapides ».
Il poursuit dans sa note pour l'Instance BOURRELIER la description du phénomène. « Dans le cas du fluage, les vitesses de déplacement du centre de gravité de la masse en mouvement sont de l'ordre du mm/j, dans le cas de l'avalanche du m/s. Le critère de masse est plus difficile à fixer, dans la mesure où si l'on se place sur le plan des effets du phénomène, quelques m3 de neige peuvent tuer une personne. On propose donc de retenir la définition de la NF 95-310 : « déplacement gravitaire rapide, supérieur à 1 m/s, d'une masse de neige sur un sol en pente ».
D'un point de vue dynamique, le plus important sur le site d'impact, on peut classer les avalanches, hors les avalanches de séracs qui s'apparentent plus à des chutes de rochers, en deux grandes catégories :
- les avalanches de neige dense. Elles suivent approximativement les lois d'un écoulement hydraulique torrentiel comme il peut s'en produire à la suite de la rupture d'un barrage. La vague de neige se propage avec une densité voisine de sa densité originelle jusqu'à un point d'arrêt où elle aura converti une partie de son énergie potentielle en énergie cinétique ;
- les avalanches de neige poudreuse. Elles prennent en général naissance à partir d'avalanches présentant les caractéristiques précédentes mais sont constituées de précipitation très froides, peu denses et qui se développent à partir de zones de départ importantes, sur de larges trajectoires d'écoulement affectées d'accidents de terrain. A partir d'une vitesse de l'ordre de 70 km/h, le frottement « écoulement - air » exerce une fonction d'émulsion sur la neige : l'incorporation d'air ambiant dans le matériau en mouvement crée un effet de nuage qui allège le cortège et lui permet d'atteindre, sous forme d'aérosols fins, des vitesses supérieures à 200 km/h. Au point d'impact et au long des trajectoires, les avalanches de poudreuse cumulent les effets de masse et les effets de souffle sur les infrastructures. Elles contribuent de plus à noyer, par infiltration de particules dans le système respiratoire, les victimes qu'elles n'écrasent pas.
A côté des avalanches, d'autres risques sont liés à la neige : formation des congères, qui proviennent de l'association vent plus neige, problème des chutes de neige des toits. Ces deux phénomènes sont à l'origine de quelques victimes par décennie. Il existe aussi les risques liés aux glaciers, soit directs (chute de séracs), soit indirects (ruptures de poches glaciaires). Or, si les avalanches sont le risque naturel qui fait le plus de victimes en Europe sur une base décennale, les ruptures de poches sous-glaciaires sont le risque qui est l'origine du plus grand nombre de victimes sur un seul événement, en France mais aussi en Suisse.

2. LA CONNAISSANCE DE L'ALÉA
Les risques d'avalanches concernent en France essentiellement la Savoie mais aussi toutes les Alpes du Nord, les Hautes Alpes, les Alpes maritimes et les Hautes Pyrénées. La connaissance de l'aléa, l'étude des avalanches reposent sur la modélisation qui est assez ancienne puisqu'on peut considérer qu'elle a commencé il y a une vingtaine d'années.
La modélisation physique a donc été entreprise en France il y a environ trente ans. On a pu ainsi déterminer les lois physiques de l'écoulement, mettre au point des logiciels de calcul et établir une méthodologie d'essais sur maquette pour l'étude de sites particuliers. La dynamique des avalanches poudreuses est étudiée par modélisation physique en canal noyé, qui a permis de concevoir un modèle numérique semi-empirique, AVAER (Avalanche Aérosol).
La possibilité de disposer à partir des années 70 d'ordinateurs de plus en plus puissants a permis de développer de véritables modèles numériques. Si les équations ainsi résolues (équations de Saint-Veanant donnant les modèles WETSNOW, AVALDENS 1 et AVALDENS 2) sont beaucoup plus proches de la réalité physique du phénomène (respect des lois fondamentales de la mécanique), il faut bien reconnaître que le principal obstacle reste à lever, celui de l'introduction d'une rhéologie réaliste de l'écoulement d'une avalanche de neige dense.
Une certaine déception devant la modélisation, notamment dans le cas des avalanches de neige dense, a encouragé certaines tentatives plus proches des préoccupations des experts. On peut classer dans cette catégorie les modèles statistiques, qui fournissent des distances d'arrêt du phénomène en fonction de critères purement topographiques. Malheureusement, ces modèles ne sont pas très précis, surtout si on tente de les appliquer à des régions différentes de celles dans lesquelles ils ont été mis au point.
La modélisation symbolique exploite des connaissances empiriques. Elle fournit aux ingénieurs une aide pour simuler différents phénomènes et rendre compte des conditions de déclenchement des avalanches, ce qui permet de simuler les conditions du phénomène pour une étude de risque.
Pour l'instant, deux modèles sont construits pour étudier les conditions de départ des avalanches, ELSA et AVALOG. Le transport de la neige par le vent a donné naissance au modèle CLER (congères, localisation et études de risque), qui est en cours de développement.
3. L'OBSERVATION ET LA SURVEILLANCE
A côté de cette recherche de modélisation, d'autres outils existent, permettant l'observation et la surveillance. Le rapport de la Mission Interministérielle sur la Sécurité des Stations de Montagne, créée à la suite de la catastrophe de Val-d'Isère (un chalet d'un centre de vacances enseveli le 10 février 1970, avec 250 personnes à l'intérieur, et qui fera 39 morts et 37 blessés) a recommandé, en juillet 1970, « l'établissement, sous la responsabilité du ministère de l'Agriculture, d'une carte inventaire des avalanches, officielle, dressée selon une méthode scientifique, ayant un caractère indicatif pour les particuliers mais dont l'observation s'imposera à tous les services publics ».
3.1. La cartographie : la Carte de Localisation Probable des Avalanches (CLPA)
Cette carte, devenue la Carte de Localisation Probable des Avalanches (CLPA), est en fait une carte d'aléas et non une carte de risque. C'est précisément ce qui explique qu'elle a pu être établie sur tous les territoires concernés (environ 700 000 hectares) entre 1971 et 1975 et « rénovée », c'est-à-dire mise à jour et numérisée sur Système d'Information Géographique (Arc Info) entre 1989 et 1994.
Elle est le premier document officiel paru en France en 1971, délimitant de façon systématique les zones soumises aux risques naturels. Il s'agit d'une carte d'inventaire des phénomènes passés, dont le cahier des charges a été proposé par le CEMAGREF et la méthodologie d'élaboration par l'Institut Géographique National (IGN). Depuis 1993, le CEMAGREF doté du système ARC/INFO n'a recours à l'IGN que pour la phase d'impression du document.
La carte est établie au 1/25 000, et on considère qu'il est inutile de choisir une échelle plus grande, car la précision obtenue serait alors illusoire. En effet, ces documents n'ont qu'une valeur informative, ce ne sont pas des documents de cartographie réglementaire.
Les principes méthodologiques : il s'agit de cartographier les avalanches ayant déjà eu lieu, c'est-à-dire de reporter l'enveloppe maximum des phénomènes passés pour chaque avalanche. Ni la fréquence, ni l'intensité des avalanches (vitesse, force...) ne sont prises en considération. Pour les avalanches aérosols, seuls les dépôts de neige importants sont cartographiés, ainsi que les secteurs ayant subi de gros dégâts dans la zone d'arrivée, car les limites du souffles sont trop imprécises. Une zone affectée par une avalanche ne sera jamais réduite à l'occasion d'une révision de la carte, même en cas d'installation d'ouvrages de protection.
La cartographie se fait en deux phases distinctes : une étude stéréoscopique de couples de photographies aériennes d'été, en noir et blanc, qui permettra la mise en évidence des traces d'avalanches passées ou des facteurs favorables à leur déclenchement, et une enquête auprès des habitants des zones concernées, surtout des professionnels de la montagne, qui s'avère indispensable pour connaître toutes les manifestations connues du phénomène. Le service RTM, l'ONF, les services des pistes, les parcs nationaux et la DDE sont systématiquement consultés.
La CLPA s'appuie beaucoup au stade de la collecte d'information, sur l'Enquête Permanente sur les Avalanches (EPA). Il s'agit d'une opération de surveillance réalisée par des agents de l'Office National des Forêts. Environ 5 000 couloirs d'avalanche sont ainsi sous observations, les données sont traitées par le CEMAGREF.
La CLPA fait donc simplement état de la somme des faits connus et rapportés au jour où elle est dressée et révisée. Plus de 600 000 hectares ont ainsi été cartographiés dans les Alpes et les Pyrénées. Elle constitue avant tout un aide-mémoire dressé en vue d'aider à la prise en compte du phénomène « avalanche » dans l'équipement et l'aménagement de la montagne. Aujourd'hui la CLPA est indispensable à la bonne gestion d'une route ou d'un domaine skiable, et à l'établissement de tout projet d'aménagement.
Ces documents techniques sont envoyés systématiquement aux maires, et aux services administratifs ainsi qu'aux bureaux d'étude et aux particuliers qui en font la demande. Ces cartes ne renseignent ni le skieur ni le randonneur.
La CLPA répertorie uniquement les avalanches connues, à partir de photos aériennes ou de la mémoire des habitants, mais n'indique ni la fréquence, ni les conditions de l'avalanche, il faut un autre outil pour le zonage du risque, une expertise.
3.2. L'Enquête Permanente sur les Avalanches (EPA)
Dès 1900, l'inspecteur général MOUGIN demandait aux préposés du service des Eaux et Forêts de Savoie, d'établir un relevé des couloirs avalancheux, de leur triage, et de consigner, d'hiver en hiver, toutes les avalanches se produisant dans chacun d'eux. Cette mesure fût étendue aux départements de l'Isère et des Hautes-Alpes en 1920, puis à l'ensemble des Alpes et des Pyrénées.
L'Enquête Permanente sur les Avalanches, coordonnée par le CTGREF (Centre Technique du Génie Rural et des Eaux et Forêts, CEMAGREF depuis 1985) coordonnée par la division « Nivologie », n'est que la continuation de cette enquête.
Rapidement, compte tenu de l'extension de l'enquête à l'ensemble des Alpes et des Pyrénées, il s'est avéré que le fichier devenait difficilement exploitable ; de plus, certains renseignements souhaitables manquaient ; enfin, la classification de MOUGIN était de plus en plus abandonnée au profit d'une classification suisse.
L'EPA a essentiellement deux buts :
- la localisation des couloirs avec détermination du type d'avalanches s'y produisant, la fréquence de celles-ci et la variation de cette fréquence en fonction de la modification de la végétation superficielle dans la zone de départ ;
- un objectif plus général pour une meilleure connaissance des avalanches au moyen de corrélations statistiques.
Ce sont les agents de l'ONF, qui font l'Enquête Permanente d'Avalanche, dans leur secteur respectif. Et c'est grâce à eux que l'EPA peut exister. Tous ces agents ONF sont aidés par un coordinateur et un animateur (appartenant souvent au service RTM).
En retour, le CEMAGREF fournit les documents d'enquête (questionnaires, cartes), et traite les informations.
Il y a un coordinateur par département. Un agent s'occupe d'une ou plusieurs communes, selon le découpage de l'ONF, et chaque commune comprend plusieurs couloirs d'avalanche.
Dans un premier temps l'agent doit observer son secteur, puis reporter sur une carte au 1/25 000, les contours exacts des différents couloirs d'avalanche observables d'un point d'accès facile en hiver. Ce premier travail de cartographie permet de visualiser les avalanches qui vont être observées. Puis il doit remplir, et cela de façon définitive, un fiche de site d'avalanche qui décrit les données permanentes du couloir d'avalanche.
Chaque fois qu'une avalanche se produit, l'agent doit se rendre sur place, et remplir un avis d'avalanche concernant les caractéristiques de le neige composant l'avalanche, la météo, les causes de déclenchement et les dégâts causés par celle-ci. Cet avis est en trois exemplaires, dont un sera transmis directement au CEMAGREF. De retour au poste, l'agent doit remplir un carnet reproduisant l'avis d'avalanche qui, lui, reste au poste.
Le travail des agents devient de plus en plus complexe, face à la tendance actuelle, qui est le regroupement des communes pour un même agent.
Toutes ces informations sont envoyées au CEMAGREF qui les traite et établit des tableaux, représentant toutes les avalanches répertoriées, par commune, sur une saison. En fin de saison est préparé un compte-rendu, qui commente les résultats obtenus. Ce compte-rendu est envoyé à tous les chefs de groupement de l'ONF, qui se chargent de le redistribuer aux différents agents.
L'EPA rassemble une quantité de données considérable, puisqu'elle s'applique sur environ 5 000 couloirs, certains observés depuis plus d'un siècle. C'est le document d'archivage le plus ancien. Les données de l'EPA sont utilisées de façon tout à fait systématique, chaque fois qu'un avis est demandé à un service officiel.
3.3. Le Plan de Prévision aux Risques (PPR)
Le décret relatif aux PPR date du 5 octobre 1995 et a été pris en application des articles 40-1 à 40-7 de la loi du 22 juillet 1987. La procédure, simplifiée, est totalement déconcentrée. L'établissement d'un plan de prévision des risques naturels prévisibles est prescrit par arrêté préfectoral et soumis à l'avis des conseils municipaux des communes sur le territoire desquelles il est applicable. Il a comme objet de délimiter les zones exposées aux risques, de délimiter les zones où une activité quelconque aurait pour effet d'accroître les risques. Il doit également définir les mesures de prévention, de protection et de sauvegarde nécessaires. Enfin, il doit définir les mesures qui doivent être adoptées dans les zones à risques par les propriétaires, exploitants et utilisateurs. Le PPR « Avalanches » constitue juridiquement une servitude administrative annexée au POS.
A partir des cartes de localisation probable des avalanches (CLPA), carte au 1/25 000, les communes se sont mises à faire des cartes au 1/5 000 ou 1/2 000, beaucoup plus précises. En Haute Savoie, 56 PPR ont été approuvés, certains par transformation du PER, comme celui de Chamonix, qui date de 1992 et qui est en cours de révision. Le chiffre de 80 PPR d'ici l'an 2000 est l'objectif, leur financement par l'Etat s'étant légèrement amélioré, puisque 60 MF leur sont consacrés par an pour l'ensemble de la France, soit une augmentation de 50 % sur le dernier exercice.
Sur l'ensemble de la France, au 15 mars 1999, 158 PPR « Avalanches » ont été approuvés et 62 sont en cours d'élaboration.
Mais à côté des PPR, peu de lignes budgétaires permettent de faire des travaux de mitigation des risques.
3.4. Le Plan des Zones Exposées aux Avalanches (PZEA)
Le PZEA est en fait la première étude de vulnérabilité sur les avalanches, et les premiers datent de 1974. Ce document est établi à grande échelle : 1/1 000 à 1/5 000. Il est composé d'un plan de zonage et d'un rapport. Les documents ont évolué dans le sens d'une sophistication croissante, du PZEA au PPR en passant par le PER, mais les pièces de base restent le plan et le rapport.
Le plan : comme il est impossible de vouloir séparer sur le terrain une zone dangereuse d'une zone absolument sûre par un seul trait, on distingue sur les plans trois domaines :
- une zone blanche présumée sans risques ;
- une zone bleue intermédiaire, douteuse, dans laquelle on estime, soit que les avalanches qui pourraient s'y produire seraient de trop faible ampleur pour mettre en péril personnes et biens, soit que le temps de retour excède largement la durée d'amortissement de la construction, la sécurité des personnes pouvant être assurée par des mesures d'évacuation en cas de situation nivo-météorologique extrême ;
- une zone rouge reconnue comme dangereuse et par conséquent rendue inconstructible.
Ce classement peut être éventuellement modifié après l'exécution de travaux paravalanches.
Le rapport : il recense les sources de renseignements, énumère les documents utilisés, les reconnaissances de terrain et les études qui ont permis l'établissement du plan de zonage. Il définit les conditions de l'analyse des risques par secteur et propose éventuellement un éventail de prescriptions et de règles de sécurité à appliquer aux constructions à venir dans les zones bleues.
Ces prescriptions peuvent être :
- soit la réalisation de travaux de protection paravalanche : étrave, digue, râtelier, filets... ;
- soit la prise de précautions architecturales : aveuglement et renforcement des façades exposées, forme et orientation des toitures... ;
- soit des prescriptions d'urbanisme : limitation de la densité d'occupation, de la hauteur des immeubles, organisation des groupes d'immeubles en ligne ou en étrave derrière un obstacle protecteur ;
- soit des mesures de police : interdiction d'occupation de certains d'immeubles, mise en place d'un plan d'évacuation... ;
- soit l'édiction de mesures réglementaires : classement d'un massif forestier en forêt de protection, création d'une commission spécialisée chargée de contrôler l'efficacité des protections et de conseiller les autorités responsables... ;
- soit une combinaison de ces diverses prescriptions.
En dehors de l'occupation du sol liée à l'urbanisation, le traitement est le suivant :
- pour les domaines skiables, l'analyse des risques fait l'objet d'expertises ponctuelles. Une centaine de dossiers ont été traités de cette façon ;
- les voies de communication et lignes de transport font l'objet d'analyse de risque à la demande du maître d'ouvrage (environ 20 dossiers) ; il en va de même pour les grands aménagements hydroélectriques, qui représentent à ce jour une dizaine de cas, traités essentiellement entre 1975 et 1982.
4. LA PRÉVISION
Ainsi que Blandine MARROCCO le constate dans son mémoire sur le coût de la prévention des avalanches, la montagne est fréquentée par un nombre croissant d'amateurs à la recherche d'air pur, de détente, de grands espaces. Cette grande fréquentation peut, à tort, faire croire à un sentiment de sécurité. La montagne reste encore un domaine peu sécurisé, même s'il est banalisé dans l'esprit du public.
Or, dans ce milieu, les phénomènes météorologiques évoluent très vite et souvent avec violence ; et la méconnaissance de leurs effets peut entraîner des conséquences parfois dramatiques.
C'est dans ce cadre là que la prévision du risque d'avalanche prend toute son importance, et tient une place prépondérante dans la lutte contre les avalanches.
Il existe deux manières d'envisager la prévision du risque d'avalanche :
- prévision dans le temps ;
- la prévision spatiale, qui analyse les sites afin de déceler et de prévoir les avalanches potentielles.
La prévision s'organise autour de différents acteurs et activités, qui se complètent afin de former une activité de prévision du risque d'avalanches cohérente et efficace.
4.1. La prévision temporelle, ou prévision du risque d'avalanche (PRA)
Elle est évidemment très liée à l'évolution météorologique, est assurée par une unité du Centre national de recherches météorologiques (CNRM) de Météo-France, le Centre d'Etudes de la Neige, qui, à côté de son volet opérationnel de coordonateur technique des prévisions d'avalanche, a un rôle important en recherche et développement.
4.1.1. Historique
Elle débute en 1947, sous l'initiative de M. SULZEE qui place un réseau de postes de mesures dans la région de Barèges (Pyrénées), lui permettant d'établir les premières études sur la neige, et les premières prévisions.
En 1950, M. SALES organise un service de détection des avalanches, basé sur l'interprétation des mesures nivo-météorologiques, et la même année M. POGGI crée, en collaboration avec l'administration forestière, la Météorologie Nationale et EDF, le laboratoire du col de Porte (Chartreuse), qui reste un champ d'expériences unique en France.
En 1970, après une série d'avalanches meurtrières, les collectivités territoriales, les stations de sports d'hiver et la Météorologie Nationale, installent un réseau de postes d'observation pour élaborer et diffuser des prévisions du risque d'avalanche.
Aujourd'hui, ce système de prévision repose sur un réseau nivo-météorologique, qui est chargé des observations et des mesures.
Ce réseau comprend près de 140 postes d'observation situés en altitude (1 500-2 000 m), et dix-sept stations automatiques étagées entre 2 000 et 3 000 mètres.
4.1.2. Organisation de la prévision
Observer, mesurer et transmettre, c'est donc le rôle des 140 postes d'observation qui :
- effectuent tous les jours, deux séries de mesures de surface, à 8 h et 13 h. Nébulosité, vent, températures, précipitations, hauteur de la neige au sol, qualité de la neige en surface et avalanches observées, sont soigneusement codifiés, notés, utilisés localement et transmis au centre météo montagne départemental ;
- réalisent au moins une fois par semaine, une étude en profondeur dans le manteau neigeux afin de caractériser les différentes couches de neige superposées. Sondage de battage, mesure de la résistance à la pénétration, de la dureté, de la température, de la masse volumique et de l'humidité de la neige selon la profondeur vont ainsi conduire à une évaluation de la stabilité du manteau neigeux ;
- le réseau des stations automatiques d'altitude apporte un complément d'informations indispensable sur les paramètres : vent, température et hauteur de neige, et aux mesures effectuées après ouverture du profil.
Traiter, analyser, prévoir et diffuser : c'est la mission des centres météorologiques « montagne ».
La PRA est fondée sur quatre piliers, correspondant chacun à un niveau de responsabilité différent : les réseaux d'observation, permettant la surveillance du manteau neigeux, par une instrumentation à la surface et à l'intérieur du manteau. Ce réseau nivométéorologique est possible grâce au partenariat entre les stations de sports d'hiver et Météo-France, et à l'appui d'autres entités, DDE, RTM, gendarmes et CRS de montagne. Le réseau « Nivôse » de Météo-France comprend 17 stations automatiques, qui transmettent en temps réel par Météosat, les principaux paramètres : hauteur de neige, vitesse du vent et température. Cette surveillance vient compléter l'analyse des neuf centres « montagne » de Météo-France, implantés dans les Alpes (Chamonix, Bourg-St-Maurice, St-Martin-d'Hères, Briançon, Nice), les Pyrénées (Perpignan, Toulouse, Tarbes) et la Corse (Ajaccio). Ils sont responsables de l'élaboration et de la diffusion des bulletins d'estimation du risque d'avalanche -les BRA- pour leur département. La modélisation du manteau neigeux se fait à partir de trois outils : SAFRAN, qui analyse toutes les 24 heures, heure par heure, le manteau, CROCUS, qui suit l'évolution du manteau de l'intérieur, et MEPRA qui calcule les risques d'avalanches dans plusieurs milliers de manteaux. Grenoble et Tarbes ont la responsabilité régionale dans l'alerte des services de sécurité.
En avril 1993, à Wildbad-Kreuth en Bavière, le groupe de travail des services de prévision du risque d'avalanche de l'arc alpin -Allemagne, Autriche, France, Italie et Suisse- parvient à un accord et adopte une échelle européenne à 5 niveaux de risque (voir page suivante). Cette échelle européenne, qui distingue le risque accidentel du risque naturel, intéresse un large public. Un bulletin régional d'alerte météorologique (BRAM) « avalanches » est alors émis à destination des services de sécurité, tandis qu'un communiqué météorologique de presse est diffusé à destination des médias et du public.
ÉCHELLE EUROPÉENNE de RISQUE d'AVALANCHE
Indice du risque, stabilité du manteau neigeux et probabilité de déclenchement.
1. - FAIBLE
Le manteau neigeux est bien stabilisé dans la plupart des pentes. Les déclenchements d'avalanches ne sont en général possibles que par forte surcharge (***) sur de très rares pentes raides (*). Seules des coulées ou de petites avalanches peuvent se produire spontanément.
2. - MODÉRÉ
Dans quelques (**) pentes suffisamment raides, le manteau neigeux n'est que modérément stabilisé. Ailleurs, il est bien stabilisé. Déclenchements d'avalanches possibles surtout par forte surcharge (***) et dans quelques pentes généralement décrites dans le bulletin. Des départs spontanés d'avalanches de grande ampleur ne sont pas à attendre.
3. - MARQUÉ
Dans de nombreuses (**) pentes suffisamment raides, le manteau neigeux n'est que modérément à faiblement stabilisé. Déclenchements d'avalanches possibles parfois même par faible surcharge et dans de nombreuses pentes, surtout dans celles généralement décrites dans le bulletin. Dans certaines situations, quelques départs spontanés d'avalanche de taille moyenne, et parfois assez grosse, sont possibles.
4. - FORT
Le manteau neigeux est faiblement stabilisé dans la plupart (**) des pentes suffisamment raides. Déclenchements d'avalanches probables même par faible surcharge (***) dans de nombreuses pentes suffisamment raides. Dans certaines situations, de nombreux départs spontanés d'avalanches de taille moyenne et parfois grosse, sont à attendre.
5. - TRÈS FORT
L'instabilité du manteau neigeux est généralisée. De nombreuses et grosses avalanches se produisant spontanément sont à attendre y compris en terrain peu raide.
(*) Pentes particulièrement propices aux avalanches, en raison de leur déclivité, la configuration du terrain, la proximité de la crête...
(**) Les caractéristiques de ces pentes sont généralement précisées dans le bulletin : altitude, exposition, topographie...
(***) Surcharge indicative forte : par exemple, skieurs groupés. Surcharge indicative faible : par exemple skieur isolé, piéton...
Le terme « déclenchement » concerne les avalanches provoquées par surcharge, notamment par le(s) skieur(s). Le terme « départ spontané » concerne les avalanches qui se produisent sans action extérieure.
4.1.3. Les acteurs de la prévision
Les services de sécurité des pistes sont très concernés par la prévision locale du risque d'avalanche (PLRA). Les stations de sports d'hiver assurent la sécurité sur leur domaine, pour leur clientèle. La PLRA est un complément indispensable de la prévision du risque d'avalanche qui, elle, reste parfois trop générale.
Le service de la sécurité des pistes est ainsi responsable de l'activité de prévision locale du risque d'avalanche, qui passe par les observations nivo-météorologiques, les sondages par battage, la prévision météorologique, l'observation de l'activité avalancheuse, une bonne connaissance et expérience du terrain et des phénomènes nivologiques du domaine. Ce sont des pisteurs formés qui exercent la fonction de prévisionniste ; ceux-ci sont chargés de l'exploitation des données et leur diffusion. Devant l'importance de cette activité, certaines stations ont recruté des prévisionnistes à temps complet.
Cette prévision est élaborée avec l'appui d'un système d'aide informatisée à la climatologie hivernale de montagne et aux risques d'avalanches dans les zones sécurisées. Ce système permet d'élaborer un bulletin nivologique quotidien, un compte rendu hebdomadaire des phénomènes « météo » marquants, ainsi qu'une analyse de l'évolution du manteau neigeux.
Les BRAM « Avalanches » sont effectués par les centres départementaux de Météo-France, spécialisés « montagne » (Chamonix, Bourg Saint-Maurice, Grenoble, Briançon, Nice, Ajaccio, Perpignan, Toulouse et Tarbes). Ils concentrent et analysent les données fournies par le réseau, puis élaborent et diffusent les BRAM pour les massifs de leur département. Ils s'attachent à donner les particularités les plus représentatives du manteau neigeux sur les massifs des Alpes, des Pyrénées et de la Corse.
4.2. La prévision du risque d'avalanche dans l'espace
Les techniques et les outils de la prévision du risque d'avalanche dans l'espace diffèrent des techniques précédentes, car elles s'appuient sur des facteurs variables dans l'espace tels que la topographie, et non plus sur des facteurs variables dans le temps comme les éléments météorologiques.
Grâce à ces méthodes qui consistent à faire l'analyse de site, les professionnels sont capables de faire de la prévision spatiale des risques d'avalanches. Différents outils permettant la prévision de ce risque ont déjà été vus : la cartographie, l'expertise, la modélisation.
5. LA PRÉVENTION
La prévention repose sur une panoplie assez large de techniques, qui vont de mesures de police très liées à la crise à la mise en _uvre de travaux assez coûteux qui sont censés réduire le risque.
Quelques remarques cependant : les méthodes utilisées dépendent beaucoup de l'objectif à protéger. On distingue les objectifs « permanents » comme les habitations et les remontées mécaniques, et les objectifs « temporaires » comme les routes et les pistes de ski.
La défense permanente réalise des aménagements durables, elle peut être passive : mise en place d'ouvrages de déviation, de freinage ou d'arrêt ; ou active : reboisement, modification de la rugosité du sol, utilisation de l'action du vent et fixation du manteau neigeux.
La défense temporaire tend à protéger pendant un temps limité. Elle est passive, c'est la réglementation et l'avertissement, ou active et c'est alors le déclenchement artificiel.
Compte tenu du mode de développement de l'industrie du ski en France, on compte de nombreux domaines skiables en haute altitude, eux-mêmes desservis par des routes dont certaines s'élèvent au-dessus de 2 000 m. Il existe donc un grand nombre de ces objectifs « temporaires », ce qui explique l'importance prises par le déclenchement artificiel des avalanches. Ce déclenchement artificiel des avalanches fait l'objet d'une réglementation et d'une pratique rigoureuse, dans le cadre du PIDA (Plan d'Intervention pour le Déclenchement des Avalanches).
5.1. La défense permanente
Cette technique a pour objectif de fixer la neige dans la zone de départ grâce à divers types d'ouvrages. On empêche ainsi le déclenchement de l'avalanche par des aménagements permanents. Les zones de départ étant parfois très étendues, on voit qu'on peut être amené à traiter des surfaces considérables, atteignant souvent des dizaines d'hectares.
Les travaux de défense active ont toujours lieu dans des pentes fortes, entre 30 et 45°, d'où l'emploi de plus en plus généralisé de l'hélicoptère. On peut fixer la neige dans la zone de départ par différentes techniques : en modifiant la surface du sol, en modifiant le dépôt de la neige ou en implantant des ouvrages qui retiennent le manteau neigeux.
5.1.1. Les travaux modifiant la surface du sol
Tous les facteurs qui favorisent le départ d'une avalanche sont combattus : humidité, mauvaise couverture végétale, absence de rugosité du sol. Par drainage, on assainit les zones humides où le glissement du manteau neigeux est accéléré. Au printemps, on coupe les arbustes : rhododendrons, auines verts... On maintient une pelouse vivante par la fauche ou le pâturage. On recrée la forêt, à chaque fois que cela est possible ; c'est un investissement productif et souvent la moins chère des protections, à condition que les boisements soient entretenus.
Les travaux les plus courants concernent le remodelage du sol : modification du profil, purge de rochers instables et surtout accroissement de la rugosité du sol par creusement de banquettes étroites. Ces dernières servent à diminuer la reptation de la neige en augmentant la rugosité du sol. Elles sont indispensables en cas de reboisement, afin d'éviter que les jeunes arbres ne soient endommagés par la reptation de la neige.
5.1.2. Les ouvrages modifiant le dépôt de la neige
Le vent a une action importante sur le manteau neigeux, il crée des surépaisseurs de neige (plaque à vent, corniche...), souvent instables. Des ouvrages utilisent la force du vent pour modifier le dépôt de la neige et le déplacer dans les zones pentues dangereuses. Il existe plusieurs types d'ouvrages : barrière à neige, panneau virevent, toit buse, pupitre. Cette protection est souvent complétée par des ouvrages retenant la neige.
L'ouvrage le plus couramment utilisé est la barrière à neige destinée à supprimer les surépaisseurs de neige (congères). La barrière placée face au vent apporte une perturbation importante à l'écoulement de l'air et au dépôt de la neige. On l'utilise près des crêtes pour supprimer les corniches. On l'utilise aussi pour protéger les voies de communication et éviter les congères qui sont repoussées hors de la route ou de la voie ferrée.
Le panneau virevent : sa forme trapézoïdale est destinée à créer un tourbillon qui va éroder la surface et créer des points d'ancrages du manteau neigeux sur les crêtes.
Le toit buse : il fonctionne comme un sifflet, le vent s'engouffrant par le grand côté subit une forte accélération au passage de l'étranglement et disperse la neige loin dans la pente.
5.1.3. Les ouvrages retenant la neige
Ce sont les ouvrages les plus connus et les plus classiques du génie paravalanche. Ils peuvent être rigides (claies, râteliers) ou souples (filets).
Les ouvrages rigides, dont les Suisses ont généralisé l'emploi depuis plus de 30 ans :
- les claies à neige (ou claie), sont des ouvrages dont le tablier est formé de traverses horizontales. Elles ont l'inconvénient de ne pas interrompre uniformément les strates du manteau neigeux ;
- le râtelier, plus utilisé en France, est un ouvrage du même type, constitué de traverses perpendiculaires au sol. L'utilisation de l'hélicoptère se systématise pour la pose de ces ouvrages. Il faut savoir qu'un hectare nécessite en moyenne 400 mètres linéaires de râteliers, ce qui revient fort cher.
Lorsque l'installation d'ouvrages rigides pose de gros problèmes (exemple : sol rocheux), on utilise les ouvrages souples, appelés filets. Ils ont l'avantage de ne pas créer de discontinuités dans le manteau neigeux. L'ouvrage joue son rôle de retenue, sans provoquer de perturbation affaiblissant le manteau neigeux. D'autre part, son prix est plus avantageux et il est plus facile à réparer. Il est réputé moins bien retenir la neige récente. Cependant, compte tenu de sa meilleure insertion paysagère, on essaye d'étendre son domaine d'utilisation aux sols meubles.
La solution est toujours un compromis entre l'efficacité maximale et un investissement en rapport avec la valeur de l'objectif à protéger. Ce sont les ingénieurs spécialisés en génie paravalanche, qui sont maîtres de toutes ces techniques.
5.2. La défense temporaire active
Il existe différents moyens pour se préserver des avalanches. On peut chercher à les prévoir dans l'espace et dans le temps, en dressant des cartes d'avalanches ou en élaborant des bulletins météorologiques. On peut aussi se protéger par une défense rapprochée à l'aide des galeries, tournes, étraves... ou de façon plus active en fixant le manteau neigeux. Mais ces ouvrages coûteux ne sont pas toujours adaptés à la sécurité d'un domaine skiable.
C'est pour les différentes raisons citées ci-dessus que, dans certains cas, on préfère déclencher l'avalanche au plus tôt et supprimer ainsi le danger latent.
Sous la responsabilité du maire, le PIDA est élaboré par les services de sécurité des pistes des stations de ski ou par les subdivisions de l'Equipement qui ont des activités de déclenchement. Il prévoit, notamment à l'aide de la CLPA, les lieux où le déclenchement artificiel est nécessaire dans la commune, ainsi que les méthodes à employer. Le déclenchement se fait tous les 40 à 50 cm de neige fraîche.
Ces plans sont révisés à chaque début de saison et modifiés s'il est nécessaire. C'est un outil essentiel à la bonne gestion de la sécurité d'un domaine skiable et des routes. Il doit exposer de façon claire et concise les dispositions précises, pour que le déclenchement soit le plus efficace possible et permette d'assurer tant la sécurité des usagers que celle des préposés au tir.
Il existe actuellement une dérive des PIDA qui prennent en compte de plus en plus les bâtiments, alors qu'ils ne concernent théoriquement que les pistes de ski.
Les personnes chargées du déclenchement des avalanches reçoivent une formation spécialisée, dispensée essentiellement par l'ANENA et l'Ecole nationale de ski et d'alpinisme. Cette formation dure 10 jours. A 95 %, ce sont des pisteurs secouristes, les 5 % restant se partageant entre personnel de l'ONF, des services RTM et de la DDE.
Cette technique permet en effet, de choisir le moment d'action et donc de prendre en conséquence les mesures de sécurité nécessaires, de provoquer des avalanches moins importantes et plus nombreuses qu'il ne s'en serait produit naturellement.
Pour une station de sports d'hiver, ce procédé permettra le fonctionnement en toute sécurité des engins de remontées mécaniques et l'utilisation rapide du domaine skiable pour la clientèle. Il constitue souvent une bonne solution pour les accès routiers.
Si le déclenchement préventif présente un grand intérêt, il présente cependant le risque de mettre en mouvement une quantité de neige beaucoup plus importante que prévue, tant en épaisseur qu'en étendue.
Le déclenchement provoqué ne date pas d'aujourd'hui. Les pentes sont depuis longtemps « testées » à ski : les pisteurs font partir l'avalanche avec leurs skis, afin de purger les petits couloirs, de déclencher les plaques ou de faire tomber les corniches qui se sont formées lors de chutes de neige ou par période de grand vent. Face aux dangers auxquels sont exposés les pisteurs artificiers, ils se doivent de connaître au mieux le terrain. (On rappelle que toute opération de déclenchement artificiel doit être effectuée dans le cadre d'un PIDA).
L'Association Nationale des Pisteurs Secouristes (ANPS) fédère environ 2 000 pisteurs. Agréée par le ministère de l'Intérieur pour la formation du brevet d'Etat, elle travaille en collaboration avec les employeurs des pisteurs, regroupés au sein de l'Association des maires des stations de sports d'hiver et du SNTF, ainsi qu'avec l'ANENA et l'ENSA qui assurent la formation des artificiers.
- L'utilisation de l'explosif
En France, de nombreuses stations ont recours à cette technique depuis plusieurs années. L'explosif, en effet, quoique moins efficace dans la neige que dans la roche, est le moyen de déclenchement le plus pratique. Il accumule une très grande quantité d'énergie sous un très petit volume, et ses effets sur le manteau neigeux sont multiples.
L'explosion crée un ébranlement et une grande quantité de gaz chauds. L'onde de choc peut casser la plaque de neige, rompre les ancrages, briser les dendrites des cristaux de neige. Toutes ces actions suffisent souvent à déclencher une avalanche.
- Explosif et emplacement des charges
De nombreuses expériences ont prouvé que dans la plupart des cas, l'explosif est dix à vingt fois plus efficace à la surface qu'enfoui profondément. Et les résultats sont encore meilleurs si l'explosif est placé quelques mètres au-dessus du manteau neigeux.
- Les différentes techniques de déclenchement artificiel
La grenade à main : cette méthode de déclenchement est simple et peu onéreuse. Les charges peuvent être soit lancées comme des grenades, soit glissées sur le manteau neigeux quand leur forme s'y prête. Elles sont amorcées par un détonateur pyrotechnique et une mèche lente, ou par un détonateur électrique.
Le mortier : cette technique a été expérimentée par l'ANENA en collaboration avec le Laboratoire d'Application Spéciales de la Physique du CEN-Grenoble.
Le canon sans recul : cette arme est d'une grande précision, mais des problèmes peuvent survenir si l'angle d'incidence du projectile sur le sol est trop faible (risque de ricocher ou de non-explosion).
Il faut savoir qu'en France, les lanceurs militaires ne peuvent être utilisées que par des militaires, ce qui a encouragé le développement de l'avalancheur.
L'avalancheur (ou lanceur pneumatique) : depuis 1989, il est commercialisé par une société de Toulouse.
Le câble transporteur d'explosif ou CATEX : ces installations sont généralement de conception légère, un seul câble sans fin supporte et tracte la charge. L'explosif accroché peut être amené au-dessus de la zone à déclencher. Si la distance à parcourir est faible, une simple manivelle permet de faire tourner le câble. Si elle est plus grande ou que plusieurs déclenchements doivent être effectués, le mouvement est donné par un moteur.
Le GAZ-EX : l'explosion qui déclenche l'avalanche est produite par un mélange détonnant, oxygène-propane. Par la partie ouverte, la détonation provoque une surpression dans l'air et l'onde de choc ainsi provoquée est efficace dans un rayon d'environ 50 mètres dans la neige lourde et de 100 mètres dans la poudreuse ou neige fraîche.
C'est un système avantageux car l'investissement est réduit ou modulable, il est d'un faible coût, nécessite peu d'entretien. De plus, il n'utilise pas d'explosif, il n'y a donc pas les sujétions de transport et de stockage correspondantes.
Le déclenchement préventif a une place importante parmi les moyens de protection. En raison de son caractère économique, il est de plus en plus employé. Pour les stations françaises de ski, on verra que l'achat des explosifs représente un poste non négligeable de dépenses.
5.3. La défense temporaire passive
Elle s'organise autour de deux grandes activités : la réglementation (interdiction, évacuation, consigne, fermeture d'itinéraires) et l'avertissement (signalisation, mise en place de Détecteurs Routiers d'Avalanches.). Compte tenu des difficultés d'implantation, les DRA doivent être réservés à des axes de faible fréquentation.
5.4. Le cas particulier de la protection des routes
La protection des routes contre les avalanches est effectuée sous la responsabilité des subdivisions de la DDE, pour le compte des conseils généraux ou de l'Etat, selon le classement de la route concernée. L'organisation de cette protection est très fiable et bien structurée, elle est parfois prise comme modèle par d'autres pays. Cette protection regroupe diverses activités : un travail préalable de cartographie (élaboration du PIDA), le déclenchement artificiel des avalanches, comprenant la fermeture des routes.
La procédure qui va permettre de déclencher est rapide et simple. Après avoir pris connaissance des données météorologiques, et en liaison avec le maire et la commission municipale de sécurité, les stations de ski et les offices de tourisme, la subdivision prend la décision de déclencher afin de sécuriser les routes d'accès aux villages et aux stations de ski.
Ces opérations s'effectuent le plus souvent la nuit ou tôt le matin, afin d'éviter au maximum la fréquentation des itinéraires concernés. Après avoir fermé les routes et a mis en place des vigies, les déclenchements peuvent être commencés. Ces opérations sont parfois sous-traitées au service des pistes d'une station de sports d'hiver. Parallèlement au déclenchement, on doit mettre en place des engins de déneigement, afin d'ouvrir l'itinéraire si l'avalanche coupe la route. Cette opération est la plus coûteuse, car les engins de déneigement ont des coûts horaires très élevés.
Concernant plus particulièrement les travaux de protection, tous les ouvrages de retenue de neige sont maintenant couverts par des normes homologuées. Des travaux de normalisation sont en cours pour le matériel utilisé dans le déclenchement artificiel.
Ces travaux de protection subventionnés se sont élevés à environ 28 MF en 1992, incluant 4 MF de gros entretien. Compte tenu des travaux non subventionnés, on peut estimer que le rythme annuel est de l'ordre de 35 MF.
6. LE SECOURS
6.1. Le matériel de sécurité
6.1.1. L'ARVA
L'ARVA (appareil de recherches de victimes d'avalanche) est un appareil émetteur/récepteur gros comme un paquet de cigarettes, d'un poids de l'ordre de 200 g qui permet une localisation immédiate d'une personne ensevelie. C'est le seul moyen permettant une opération de secours immédiate et en totale autonomie. Il doit être considéré comme un élément indispensable de l'équipement du montagnard. Mais l'ARVA n'est pas d'un grand secours si l'on ne possède pas également une pelle.
Les différents appareils actuels fonctionnent exclusivement sur 2 275 kHz; et chacun des cinq principaux pays de l'arc alpin produit son propre modèle d'appareil : l'ARVA est le modèle français.
Aucun des appareils n'est parfait, soit à cause du bruit de fond, du maniement plus ou moins difficile, ou de la fragilité de certaines pièces. Les portées théoriques annoncées par les fabricants (parfois supérieures à une centaine de mètres) et établies en laboratoire n'ont pas grand chose à voir avec les portées réelles, qui sont généralement de l'ordre de 30 ou 40 mètres. Le fait qu'un appareil ait une grande portée théorique ne constitue pas nécessairement un avantage : on perçoit plus rapidement un premier signal mais la variation n'est pas toujours significative entre 100 et 50 mètres. En outre, si l'on perçoit rapidement un premier signal, cela signifie que l'on a ensuite une surface plus importante à balayer.
Il existe deux méthodes de recherche avec un ARVA : la méthode traditionnelle avec déplacement du chercheur selon des axes perpendiculaires successifs (dite méthode de la croix) et la méthode dite directionnelle, où l'on se dirige en décrivant une courbe irrégulière correspondant aux lignes de champ électromagnétique de l'émetteur. Il est difficile de se prononcer sur la supériorité de l'une ou l'autre.
Les deux techniques reposent sur le même principe : plus on se rapproche de l'appareil enfoui, plus le son est fort.
L'ARVA est un appareil fragile et il faut en prendre le plus grand soin. Il faut en changer les piles régulièrement, même si l'appareil n'a pas beaucoup servi.
Enfin, il est conseillé d'apprendre à s'en servir avant une première randonnée, dans un site approprié.
6.1.2. Pelles et sondes
Le skieur hors-pistes et le randonneur doivent impérativement se munir individuellement du matériel suivant :
- une pelle : il en existe plusieurs modèles (plastique, aluminium) plus ou moins solides et efficaces (préhension, capacité...). Pour déblayer 1 m3, il faut une heure (selon la consistance de la neige) à la main et une dizaine de minutes avec une pelle ;
- une sonde : il existe des bâtons de ski qui servent aussi de sondes, ou bien des embouts à visser (sondes de 3 m).
6.1.3. Le ballon avalanche
Pour mémoire, il faut signaler l'apparition d'un nouveau produit venu d'Allemagne : le ballon avalanche ABS (avalanche balloon system) est un sac d'une capacité de plusieurs dizaines de litres qui, en temps normal, reste replié dans un sac, et se gonfle en cas d'avalanche (à condition que le skieur déclenche le système), permettant ainsi, en principe, à son propriétaire de rester en surface. Le poids de l'ensemble est de 7 kg.
6.2. L'activité de secours
Autrefois rarissimes, les accidents d'avalanche liés aux activités sportives sont devenus depuis 20 ans de plus en plus fréquents. La principale cause en est l'accroissement de la fréquentation hivernale de la montagne.
Cependant, durant ces 20 ans, le nombre de morts par avalanche est régulier : une trentaine par an en moyenne. A côté de ces 40 avalanches ayant causé des blessés ou des morts, il y en a environ 40 autres qui ne provoquent pas de dégâts humains.
Et la population fréquentant la montagne est estimée actuellement à sept millions de personnes, ce qui n'a plus rien à voir avec celle d'il y a 20 ans.
Le secours en avalanche est très différent selon la gravité de l'accident. Il peut être court, mobiliser peu de personne, comme il peut être très long et mobiliser toutes les personnes nécessaires pour un sondage manuel (moniteurs, militaires, gendarmes, et bien sur les pisteurs secouristes).
Ce sont les services de sécurité des pistes qui assurent la fonction de secours sur tout le domaine skiable. Un secours peut être très coûteux, lorsque tous les moyens disponibles sont déployés, et notamment l'hélicoptère. Le secours en avalanche repose sur des techniques et une organisation très précises.
6.3. Les moyens humains du secours
L'aspect le plus particulier au domaine du risque d'avalanche est la formation de professionnels des stations de sports d'hiver. A côté de la formation des pisteurs secouristes qui sont les principaux spécialistes du déclenchement d'avalanches, il y a aussi des moniteurs de ski et des guides de haute montagne, qui se spécialisent dans le secours.
Aujourd'hui, la France dispose de 130 équipes cynophiles (110 pour les Alpes et 20 pour les Pyrénées). Celles-ci dépendent en majorité des services des pistes des stations de ski et des services de secours de l'Etat.
Aucun appareil n'est encore capable de détecter sous une avalanche une victime dépourvue de tout système de détection ; les chiens seuls peuvent le faire. Les chiens sont indissociables du secours en avalanche car ils sont irremplaçables, c'est ce que constatent les responsables des différents organismes de secours ou des services de la sécurité des pistes des stations de sports d'hiver, d'où l'utilité d'avoir une politique de formation, et l'intérêt des stages nationaux de maîtres chiens.
Les formations reconnues par la sécurité civile sont celles de l'ANENA, des CRS et des gendarmes. La formation organisée dans le cadre de l'ANENA est très complète et se déroule sur une période de quinze jours. Le but est d'apprendre au chien à prospecter sur une zone délimitée sous la conduite de son maître, et à réagir à la découverte d'une odeur de référence correspondant à celle d'une personne ensevelie sous la neige.
Lors d'un secours, c'est le service public de permanence (gendarmes ou CRS selon la semaine), qui est chef d'opération, via le CODIS. Il transmet ses besoins en hommes et chiens.
L'activité de maître chien est, dans la plupart des cas, une activité venant en complément d'un métier de la montagne. Les maîtres chiens sont pisteurs-secouristes, employés communaux, gardiens de refuges, pour ce qui relève du privé, gendarmes, CRS, sapeurs-pompiers, pour ce qui relève de la fonction publique. Maître chien est une activité, une spécialisation, mais en aucun cas un métier à part entière.
6.4. Communication et information
L'action d'information et de communication est menée par de nombreux organismes. Ce sont entre autres : les clubs de montagne, Météo-France, la Fédération Française de la Montagne et de l'Escalade, l'ANENA, les ministères...
L'information est réalisée par l'édition de livres, manuels, plaquettes, et autres documents écrits et par le réalisation de montages photos, films, émissions de télévision...
Les stations de ski font de plus en plus d'efforts dans ce sens-là. Elles mettent à disposition des guides de conduite, des fascicules sur le risque d'avalanche. Cette information passe aussi par les bulletins nivo-météorologiques qui donnent l'indice du risque d'avalanche du jour et par les panneaux lumineux, au bas des remontées mécaniques, qui diffusent les informations « avalanches ».
La communication s'effectue surtout à travers la CLPA pour tout ce qui concerne les problèmes d'urbanisme et, plus généralement, de construction. Concernant la pratique touristique de la montagne hivernale, Météo-France diffuse un bulletin de risque d'avalanche destiné essentiellement aux pratiquants du ski de randonnée. Par ailleurs, un travail de fond est fait par l'Association Nationale pour l'Etude de la Neige et des Avalanches (ANENA). En fonction des demandes, un certain nombre de supports d'information ont été mis au point à destination du grand public.
7. LES MISSIONS
Votre Rapporteur a rencontré à deux reprises les intervenants ayant à faire avec cet aléa, une réunion étant plus axée sur la prévision à Grenoble, l'autre sur la prévention à Chamonix, après les avalanches de cet hiver et la sur-médiatisation d'imprudences et le mépris d'inconscients.
Il ressort, d'après Monsieur CHARLET, maire de Chamonix, que le risque avalancheux n'est pas pris en compte en France avec le même sérieux que dans d'autres pays de l'arc alpin. La plupart des couloirs d'avalanches connus le sont grâce aux travaux des services RTM et de la mémoire des autochtones. Cela revient à dire qu'on gère le risque à 95 %, des imprévus pouvant toujours survenir.
La sécurité a un coût, les moyens financiers ne permettent pas de tout faire en même temps.
Si nous avons d'excellents nivologues, la bonne prévision du risque n'excède pas la journée. Il existe bien un système automatique de détection par enregistrement sismique, chaque massif ayant 1 ou 2 sites représentatifs, mais chaque station coûte 150 000 F. Le BRAM qui arrive à la Préfecture, après une éventuelle interprétation, est relayé par la mairie. Il est souvent très sectoriel, et le message à la population est soit téléphoné aux habitants, soit porté par la gendarmerie, s'il faut évacuer.
La montagne espace de liberté est un sujet d'actualité. Rappelons quand même que sur 30 ans, la montagne a occasionné, en moyenne, 31 morts par an, dont 11 par suite d'avalanches. Ces chiffres sont à rapprocher du nombre de noyades par an ou du nombre d'accidents de circulation.
Il existe un grand manque d'information pour les touristes, surtout pour ceux qui n'ont pas de culture « montagnarde ». Une information hebdomadaire est réalisée dans certaines stations, des documents informatifs sont à disposition près des remontées mécaniques, mais l'imprudent qui vient pour un week-end ne prend pas le temps de s'informer. L'information devrait être plus active. La campagne pour le port du casque est un bon exemple de ce qu'il faudrait faire mais, outre le prix d'une telle campagne, son efficacité est douteuse pour les skieurs venant d'autres pays. Or, le problème réside bien dans le fait que certains pays de l'arc alpin ayant pris une réglementation plus contraignante, il existe une clientèle étrangère qui vient en France pour jouir de cette totale liberté.
Le problème de l'arrêté est moins celui de sa publication que celui de son application. Faut-il mettre un gendarme derrière chaque skieur ? Et, lorsque la période d'interdiction est levée, que se passe-t-il ? Il est nécessaire de prendre le maximum de garantie quand la décision d'ouverture est prise.
L'interdiction suppose un contrôle et une répression ; or, si les infractions sont caractérisées, elles sont souvent non constituées, il ne peut donc y avoir que des « interpellations pédagogiques » suivant les propos du commandant du peloton de gendarmerie de haute montagne (PGHM).
Les fédérations d'usagers ont une place très importante en matière d'information, mais elles ne touchent qu'une infime partie de la population, 90 % des skieurs sont hors des fédérations.
L'efficacité des arrêtés pour le « hors piste » est très discutable, c'est se donner bonne conscience d'après l'ANENA ; d'ailleurs, d'après le représentant de l'Association des Maires des stations françaises de sport d'hiver et d'été, qui avait organisé une réunion sur ce thème le 11 mars à Chambéry, le ministère de l'Intérieur ne semblait pas favorable à ce genre d'exercice. L'orientation serait davantage à la réalisation d'un guide pratique sous l'égide des maires, et à accroître le rôle pédagogique des différents organismes des stations, et de l'école. Ainsi, avant chaque départ en « classe de neige », une sensibilisation forte aux risques en montagne devrait être dispensée.
Les publicités pour les stations, télévisées ou dans les catalogues, font étalage de poudreuse dans le « hors piste » ; or cette nouvelle génération de surfeurs est totalement déphasée en montagne, suivant les propos d'un moniteur de ski. Le nouveau matériel pour cette pratique a beau être certifié, il faut le rendre sécurisant avant tout.
Cette nouvelle race de « touristes-consommateurs » de poudreuse a besoin d'être éduquée, mais il n'appartient pas à l'Etat de tout supporter. Les stations qui tirent profit de cette image d'espace de liberté doivent concourir à cette éducation, et l'ANENA qui, certes, a perdu beaucoup de ses financements étatiques, peut y trouver de nouveaux moyens de fonctionnement. L'ANENA avait un budget lors de l'audition de Grenoble en janvier 1997 de 1,5 MF, son budget de fonctionnement est passé à 3 MF en 1999. Cinq ministères (Intérieur, Agriculture, Environnement, Tourisme et Défense) fournissaient le tiers de ses revenus, mais ils se désengagent les uns après les autres.
Le « hors piste » s'est certes développé en masse ces dernières années, mais il existait déjà il y a 30 ans. Vouloir le sécuriser à tout prix risquerait, selon Jean-Lou COSTERG, président de l'Association des directeurs des services de pistes des stations de sport d'hiver, d'amener d'autres dégâts. L'exemple de certaines stations de Colombie britannique est probant. Si le nombre de morts a diminué, il est malheureusement compensé par des tétraplégiques en quantité équivalente.
Les assurances se cantonnent dans leur rôle d'indemnisation des victimes, de répartiteur payeur, tout en réfléchissant toutefois à la bonne manière d'indemniser les dommages corporels. Que ce soit la FFSA ou le GEMA, les assureurs n'ont pas d'état d'âme sur la gratuité des secours, laissant à la représentation nationale le choix entre faire payer une collectivité de citoyens ou faire payer une collectivité d'assurés.
Toutefois, si le régime d'exception devait devenir plus important, il faudrait réfléchir sur un fonds de secours, avec soit une mutualisation du risque, soit une garantie pour « la grande aventure ». Rappelons, cependant, que la plupart des pays étrangers facturent les coûts des secours pour accident.
8. CONCLUSION
Des progrès restent à faire dans le domaine de l'aide à l'expertise. Malgré les recherches faites dans le domaine des systèmes experts, notamment systèmes à base de connaissance, on doit encore progresser dans ce domaine avec la préoccupation, non pas de développer des modèles pour eux-mêmes, mais en recherchant la mise au point de systèmes qui permettent aux experts de mieux utiliser les modèles existants. Il est certain que cela passe par une meilleure connaissance de la physique du phénomène. Pour progresser dans des conditions satisfaisantes de rapport efficacité/coût, deux axes de coopération, qui ont déjà été exploités doivent être approfondis :
- coopération au niveau international : le programme européen « dynamique des avalanches de neige », rassemble 6 pays et 9 laboratoires. Ce programme devrait aboutir à des textes prénormatifs dans le domaine du calcul des efforts sur les constructions.
- programme mouvements gravitaires rapides : le programme développé dans le cadre du contrat de plan Rhône-Alpes, associe sur des thèmes transversaux les chercheurs travaillant sur plusieurs risques naturels. Ces thèmes sont : rhéologie, systèmes à base de connaissance, modélisation et métrologie/imagerie.
Plutôt que des recherches totalement nouvelles, ces axes de travail doivent être développés, avec des financements nationaux et européens. Un autre axe doit aussi être pris en considération, c'est l'axe socio-économique, qui a commencé à être exploré dans le cadre du contrat de plan Rhône-Alpes. Les recherches dans cette direction doivent aider à la mise au point des meilleurs outils pour les experts et les ingénieurs.
En matière de prévention, se pose la problématique de la maintenance des ouvrages paravalanches, les collectivités vont s'y trouver confrontées très rapidement. De même, pour les ouvrages de dérivation, dont le coût est très élevé et certains ouvrages sont maintenant centenaires.
Il y a un manque sérieux de politique d'Etat en matière d'aménagement contre les avalanches, il manque des experts en dehors du CEMAGREF. Or, derrière cette prévention, il y a des enjeux économiques énormes qui devraient amener l'Etat à faire preuve d'autorité.
Pour les routes et autoroutes, on sait prévoir et l'accès peut être interdit dès la menace pour la Tarentaise et la Vallée blanche ; mais ceci nécessite du monde et des capacités de stockage. Ce n'est toutefois plus vrai pour l'ensemble du secteur autoroutier desservant la montagne, le problème de Montélimar n'est pas résolu faute d'une capacité de retenue qui n'existe pas, et nécessite des aménagements importants.
Le ski hors piste a ses adeptes, et il ne peut, par définition, se dérouler sur des endroits « sécurisés ». Cependant, ce n'est pas une raison pour tolérer n'importe quoi. Le skieur ou le randonneur « hors piste », qui enfreint une interdiction de pratique et qui déclenche une avalanche est responsable des dégâts produits au même titre qu'un chauffard ivre au volant qui provoque un accident.
Il y a donc nécessité de diffuser davantage les recommandations pour la pratique du « hors piste » et de rappeler les règles de sécurité. Puisque ce genre de « sportif » ne fréquente pas nécessairement les lieux de distribution habituels -office de tourisme, hôtels, remontées mécaniques-, il faut trouver d'autres lieux, où cette population aura un passage obligé dans la journée ; ces établissements sont les gares, les autres formes d'hébergement, les boulangeries, les supermarchés, les cafés et établissements de restauration rapide, les bars et discothèques, ainsi que les magasins de location de matériel sportif.
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