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ARVA nouvelle génération : la grande illusion ?

Depuis un peu plus de deux ans, depuis l'apparition de la nouvelle génération d'ARVA, en réponse à l'espoir des utilisateurs de voir arriver un appareil magique, et à leur inquiétude de ne pas savoir l'identifier, chacun explique à qui veut l'entendre la supériorité incontestable de tel ou tel nouveau matériel.

Tout cela est bien normal, bien dans l'ordre des choses, et a d'ailleurs toujours existé. Mais ce qui est nouveau, c'est que la sophistication croissante des appareils nécessite d'être très averti, beaucoup plus qu'autrefois, pour se faire une idée de ce qu'ils valent.

Il était donc logique que des organismes nationaux ou internationaux effectuent des essais propres à éclairer l'acheteur potentiel.

Après un travail énorme, qu'il convient d'ailleurs de saluer, après de nombreux tests et de nombreuses consultations, l'Anena vient de produire un document que tout le monde attendait : « Que penser des Arva de l'an 2000 ? ». Sa lecture m'a cependant laissé perplexe, et je me demande si la montagne n'a pas accouché d'une souris, sous la forme de « tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil ».

Alors, même si j'ai un peu perdu pied sous cette avalanche de nouvelle technologie, je crois avoir eu par le passé quelques compétences en matière d'Arva qui me permettent de jouer le poil à gratter face au consensus mou et dangereux qui semble s'installer. Mes relations avec les fabricants ou distributeurs s'en ressentiront probablement (et je le regrette : ce sont pratiquement tous des amis !), mais il faut bien qu'il y ait quelqu'un qui ait le courage de pointer les insuffisances des nouveaux Arva, si on veut un jour arriver à un matériel qui convient bien à l'usage auquel il est destiné : dégager rapidement de la neige les victimes d'avalanches.

Quelques petits rappels basiques de la dure réalité de la recherche Arva me semblent nécessaires :

1 / Quand on a vraiment à se servir d'un Arva, c'est l'horreur, la catastrophe. Seuls ceux qui ont vécu cette situation savent à quel point c'est vrai, et à quel niveau de stress on est soumis. Quand on a connu ça, on n'a ni l'envie ni le droit de dire qu'un appareil est « plutôt bien » ou « pas trop mal ». On se doit de dire soit qu'un appareil convient pour effectuer une recherche réelle, soit qu'il présente un ou plusieurs défauts rédhibitoires.

2/ Un Arva qui convient est un Arva qui émet, c'est-à-dire que non seulement il ne doit pas tomber en panne, mais de plus il doit permettre de contrôler et de gérer correctement l'usure des piles, faute de quoi, l'expérience montre qu'un jour ou l'autre, on se retrouve avec un appareil qui n'émet plus, et qui ne reçoit pas davantage.

3/ Un Arva qui convient est un Arva dont, au sein d'un groupe, le responsable peut contrôler le fonctionnement, en émission et si possible en réception, pour chaque participant, chaque matin, dès le départ. L'expérience montre que si ce contrôle n'est pas facile, il est négligé, et que s'il est négligé, on se retrouve très vite, avec des participants qui n'ont pas branché leur appareil.

4/ Un Arva qui convient est un Arva qui permet la recherche multiple, celle qui est la plus délicate. Un appareil performant en recherche simple peut ne pas l'être en recherche multiple, et seuls des essais sérieux permettent de vérifier ce point essentiel.

5/ Un Arva qui convient est un Arva qui est suffisamment performant dans chacune des trois phases de la recherche. S'il n'est performant que dans l'une ou dans deux de ces phases, il ne convient pas.

Pour chacune de ces phases (primaire, secondaire, localisation finale), l'expérience montre que :
- Recherche primaire : dès que l'avalanche a quelque importance cette recherche prend beaucoup de temps. Le magnifique schéma que l'on trouve dans tous les manuels et dans tous les modes d'emplois, montrant des sauveteurs disciplinés répartis à intervalles réguliers ne résiste pas un instant à la dure réalité. Même en exercice, c'est la pagaille ! Et l'expérience montre que le risque de « manquer » une victime est très grand, même avec des appareils de grande portée théorique.
- Recherche secondaire : elle pose certes problème à un certain nombre de personnes, mais c'est la phase de recherche finalement la plus facile à maîtriser, et qui dure le moins longtemps.
- Localisation finale : malgré l'usage de la sonde, c'est la plus technique, et c'est à ce moment qu'ont lieu le plus souvent les plus grosses pertes de temps.

On pourra contester, bien sûr ces affirmations. Elles expriment mes convictions personnelles, étayées par plus de vingt-cinq ans d'enseignement et de pratique de l'Arva, ainsi que d'observation de la pratique de personnes de tous niveaux d'expérience.

Reprenons maintenant le rapport « Que penser...» de l'Anena, en ce qui concerne les quatre Arva de la nouvelle génération (et seulement ceux-ci : les utilisateurs ont eu largement le temps de se faire une opinion du cinquième appareil testé, de l'ancienne génération, depuis le temps qu'il existe) en examinant un à un les points 2 à 5 énumérés ci-dessus :

Contrôle de l'état des piles :

- Le rapport Anena est silencieux.

- Pourtant, je trouve l'un des appareils testés insuffisant, avec un indicateur de charge sommaire, qui ne laisse aucune possibilité de gérer correctement le remplacement des piles. L'expérience (encore !) montre qu'il est très facile avec cet Arva de se retrouver avec des piles insuffisantes et un appareil qui n'émet plus. C'est d'autant plus surprenant et affligeant que le fabricant en question avait atteint depuis longtemps l'excellence en la matière, sur ses modèles précédents...

Facilité de contrôle avant le départ :
- Le rapport est également silencieux.
- Et pourtant, avec l'un des appareils au moins, ce contrôle est difficile, au point d'être dissuasif.

Recherche multiple :
- Le rapport dit que le test n'a pas pu être fait, faute de temps, mais qu'un test de réception (pas de recherche, ce qui est totalement différent) de plusieurs émetteurs a été effectué... Je ne vois pas là matière à rassurer l'utilisateur potentiel !

- Surtout si l'on sait que, avec au moins l'un de ces appareils de la nouvelle génération, selon la marque des émetteurs, de nombreux utilisateurs n'arrivent pas à effectuer de recherche multiple correcte. Pour l'un des Arva testés, il nous a dernièrement fallu cinq minutes, à quatre personnes installées bien au chaud, dont deux qui « savaient », pour finalement ne pas réussir à passer du mode numérique au mode analogique, sensé nous permettre une recherche multiple plus facile... Je sais bien qu'il faut apprendre, mais à force de presser des boutons, on arrive à mélanger la montre, l'altimètre, le magnétoscope, le GPS et... l'Arva. Alors, en situation de stress...

Performance des appareils lors des différentes phases de recherche :

- Recherche primaire : le rapport dit, et c'est son plus grand mérite, bien qu'il n'en tire pas les nécessaires conséquences, que pour trois des quatre appareils de la nouvelle génération, la portée utile est divisée par deux, par rapport à ce que nous connaissons depuis dix ans sur l'ensemble des Arva.

Il est étonnant de considérer que depuis toujours, les fabricants cherchaient, pour augmenter l'efficacité de leurs Arva, à en augmenter la portée. En la matière, le consensus était jusque-là total, chacun mettant en évidence la grande portée de son matériel. Si le rapport Anena dit juste, et je ne vois pas de raisons d'en douter, vu le nombre d'essais effectués, voilà que tout à coup, on divise cette portée par deux, revenant en la matière aux performances du Pieps 1 des années 70 ! Le rapport de l'Anena ne semble pas s'en émouvoir... L'utilisateur avalera-t-il la couleuvre ?

- Recherche secondaire : le rapport se fait largement l'écho de l'amélioration, parfois considérable, de la facilité de cette recherche secondaire, pour les trois appareils qui sont réellement directionnels.

On peut simplement se poser la question de savoir si ce réel progrès n'est pas trop cher payé, vu le coût en matière de portée...

- Recherche finale : le rapport Anena semble trouver qu'il n'y a pas de grosse amélioration dans ce domaine, par rapport aux appareils de la précédente génération.

Ayant personnellement essayé tous les appareils en recherche finale, à laquelle je suis, il est vrai, bien entraîné, je trouve au contraire une amélioration nette pour tous les appareils, et c'est le point le plus positif que je vois dans l'affichage numérique, car répétons le, c'est dans la recherche finale que l'on perd le plus de temps. Par contre la technique à utiliser (la croix finale) reste inchangée et demande toujours un apprentissage sérieux, plus qu'une confiance aveugle dans un appareil magique.

On comprendra à ce long discours que je me demande si le rapport de l'Anena ne sacrifie pas au mythe qui voudrait que la technique nous dispense du savoir faire, et à l'imaginaire collectif qui voudrait que le progrès nous sauve de tout.

Il me semble que les critères de jugement qui sont retenus pour les tests de l'Anena ne sont pas toujours les plus pertinents. Lorsqu'ils mettent l'accent sur un élément important (la portée), la mollesse des conclusions me laisse rêveur...

Je comprends bien, avec cette phrase de l'introduction, « L'objectif est de fournir... des informations... sans prendre parti pour ou contre (sauf grave dysfonctionnement) », que le but du rapport est d'informer, mais je me dis que la masse d'informations secondaires donnée noie l'information essentielle, et que par ailleurs, tout le monde ne place pas les « graves dysfonctionnements » au même niveau.

Le niveau où je les place (qui est celui du skieur qui aura peut-être malheureusement à se servir de son Arva dès cet hiver pour sortir un compagnon d'une avalanche) me conduit à cette navrante constatation : tous les appareils de la nouvelle génération me semblent présenter au moins une insuffisance rédhibitoire.

D'ailleurs, pour cet hiver 2001, malgré ma tendance habituelle à être équipé du matériel dernier cri, j'ai remplacé tous les nouveaux appareils que je possédais par des modèles dits de l'ancienne génération !

point de vue personnel
de Claude Rey, Guide
le 03/01/00