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ENAF, dans l’humidité des Highlands

Du 29 février au 7 mars, L’équipe féminine nationale d’alpinisme (ENAF) s’est rendue en Ecosse pour le stage mixte hivernal, prévu au cours de la deuxième année de formation. Les six jeunes femmes, membres de la promotion 2019/2021, étaient ainsi encadrées par Lise Billon (guide et ancienne membre de l’ENAF) et Jonathan Crison, conseiller technique national et logées en gite à Fort William, la capitale de l’outdoor des Highlands.

« C’est intéressant l’Ecosse, pour cette thématique du mixte hivernal, explique Jonathan Crison. Car c’est un style de grimpe et d’approche de la grimpe bien différent de chez nous. En Ecosse, il faut vraiment jouer en permanence avec la météo, car certaines voies ne se grimpent que sous certaines conditions. »

Dans les Higlands, en effet, l’escalade se réapprend : l’analyse de ses conditions très spécifiques oblige le néophyte de l’Ecosse à se rapprocher des locaux pour mieux comprendre les phénomènes qui se déroulent sur le rocher. En effet, la plupart des voies en mixte ne sont en condition que dans certaines conditions météo très précises. Il faut par exemple que l’humidité ambiante créé, avec le froid, une sorte de brouillard givrant qui se colle au rocher par couches successives  pour former ce qu’on appelle un placage. « Quand il est assez épais, la voie est grimpable, on s’y assure avec des broches à glace. Nous avons également beaucoup appris au pied des voies, en observant la manière dont les locaux se protègent et s’assurent et grimpent. C’est très différent de chez nous, même en terme de matériel. Là où nous utilisons les Friends, eux privilégient des Excentriques, car les Friends ne marchent pas toujours très bien dans les fissures gelées. »

Le climat et les rochers écossais invitent à un alpinisme différent, où les phases d’observations sont plus longues. Une sorte d’éloge de la lenteur spécifique à ce type d’alpinisme, qui sait attendre que tout soit optimal pour partir. Mais attention, optimal ne signifie pas pour autant un ciel parfaitement bleu.

« En Ecosse, il fait mauvais quasiment tout le temps, donc si on veut grimper, on ne s’attarde pas à la couleur du ciel, mais on prévoit des rechanges, confirme Jonathan Crison. C’est assez déroutant de se changer au pied des voies avant de grimper, parce qu’on est déjà trempé à la fin de la marche d’approche. Et globalement, bien que nous ne soyons pas si loin géographiquement, tout est à réapprendre. Je pense que ce stage a été riche pour toute l’équipe. »

« Je tenais vraiment à amener les filles en Ecosse, d’une part parce que généralement le mixte est une des activités les plus difficiles à pratiquer et que les highlands sont un super terrain de jeu, témoigne Lise Billon. Et puis, il y a en Ecosse une ambiance très particulière en terme de pratique. En équipe nationale, les filles se mettent souvent la pression pour essayer d’aller vite, d’être efficace. C’est un peu la grimpe à la française, basée sur la performance et l’optimisation. En Ecosse, nous pénétrons un autre espace-temps. Les voies ne sont pas très longues, ce qui nous permet de vraiment prendre notre temps dans les manips et la grimpe, mais au-delà de ça, c’est vraiment la façon de pratiquer des Anglais qui est profondément différente. Il semble que les notions de performance ou de course contre la montre n’ont, chez eux, aucune emprise. Seule compte cette façon quasi flegmatique de pratiquer, juste pour le plaisir, pour s’amuser. Grimper en Ecosse nous a permis de revenir à l’essentiel, nous poser les bonnes questions quant à pourquoi nous pratiquons, et retrouver ce plaisir simple de grimper, juste pour grimper. »

Laetitia Chomette, Amandine Cuny, Caroline Maillet, Adèle Milloz, Elsa Salmon et Marie Zeller ont pourtant dû attendre le dernier moment pour s’assurer du maintien de ce stage. Les conditions météorologiques étaient en effet très compliquées en février : peu de glace, pas de neige, ce qui compromettait l’essence même de ce stage. Mais, finalement, à quelques jours du départ, une tempête de neige s’est déchainée sur les Highlands. Les premiers jours ont même été compliqués, car les quantités de neige tombées d’un coup étaient particulièrement exceptionnelles.

« D’habitude, en Ecosse, il neige un peu tous les jours, quelques 2 cm de neige, mais la semaine qui a précédé le départ de l’ENAF, ce sont des journées à 20/30 cm de neige qui se sont enchaînées, assure Jonathan Crison. Les conditions étaient donc très avalancheuses quand nous sommes arrivés. Cependant, si nous avons commencé avec des conditions particulièrement mauvaises, nous avons eu la chance de finir ce stage par l’ascension du Ben Nevis, le point culminant du coin. Nous avons baigné, cette dernière journée, dans une ambiance particulièrement magique, les arrêtes couvertes de neiges nous ont offert leur plus beau spectacle pour clore ce stage. »